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Chaque personne a ses horaires préférés. Aux extrêmes on distingue des gens du matin et des gens du soir qui représentent quelques pourcents de la population. Entre ces 2 extrêmes se trouve l’immense majorité de la population. Le sommeil peut cependant survenir n’importe quand, voire inopinément si l’on se met en privation de sommeil, car au bout d’un certain temps d’absence de sommeil, le corps réclame impérativement du repos et le sommeil survient à l’insu de la personne. On peut retarder volontairement son coucher jusqu’à certaines limites. La tolérance à la privation de sommeil est très variable selon les individus. Certains ont du mal à tenir 24 heures complètes, d’autres ont une plus grande résistance au sommeil et résistent correctement 3 jours sans trop de souci.
Le record en ce domaine a été réalisé en 1964 par Randy Gardner, un étudiant de 17 ans , qui a pu tenir 11 jours et demi sans sommeil, avec, comme le raconte William Dément, encore de bonnes performances physique et intellectuelles à la fin de la période de privation. Outre le facteur de résistance au sommeil caractéristique individuelle indéniable, des facteurs motivationnels vont jouer un rôle fondamental. En particulier la notion de danger change considérablement les choses. Ainsi en situation de catastrophe ou lors de course en navigation solitaire, l’individu est capable de mobiliser des ressources et une énergie hors du commun pour lutter contre le sommeil car sa survie en dépend.
Néanmoins lorsqu’on fait des études systématiques sur les fenêtres horaires qui « autorisent » ou pas de s’endormir, plusieurs zones ont été identifiées. En particulier Strogatz a repris un grand nombre d’ étude par manipulation des rythmes veille sommeil que ce soit par simulations de rythmes ultradiens, d’augmentation de période (rythmes supérieur à 24h ) ou de diminution (rythmes inférieur à 24h) pour en tirer un modélisation intéressante .
Perez Lavie en simulant des rythmes veille-sommeil à cycles courts de 20 minutes a identifié des « portes du sommeil » qui sont des moments de la journée (milieu de journée et milieu de nuit) où la propension du sommeil est la plus forte.
La rotation de la terre autour du soleil induit un rythme lumière-obscurité de 24h. Est-ce la raison de l’existence de l’alternance du l’éveil et du sommeil?
En 1729, Jean-Jacques Dortous de Mairan, un astronome français, constate les feuilles de sensitive présente un rythme d’ouverture et de fermeture des feuilles en fonction du jour et de la nuit qui persiste lorsque cette plante est maintenue en obscurité constante. Avec cette observation, il est le premier à mettre en évidence le caractère endogène de la rythmicité d’une fonction biologique chez des êtres vivants.
Ces observations en milieu constant signifient 2 choses : tout d’abord il existe un horloge interne qui commande nos rythmes biologiques, et que deuxièmement il y a nécessité d’une remise à l’heure de nos horloges internes pour s’adapter à notre environnement et à notre temps social. Cette remise à l’heure s’effectue grâce à la lumière.
L’intérêt d’avoir une horloge dans le cerveau est de pouvoir programmer certaines actions nécessaires et répétitives : manger, assimiler, se reposer, être attentif… La confrontation au rythme solaire et la particulière sensibilité de nos horloges à la lumière complète le système en adaptant l’horloge à notre environnement.
Il existe également des rythmes annuels. Se situer dans l’année est tout aussi important, tout au moins pour certaines espèces en particulier chez lesquelles la reproduction est annuelle ou biannuelle. La température extérieure n’est pas un bon paramètre, le champ magnétique, testé et retesté, ne recale pas les rythmes, le seul signal qui est pertinent pour notre organisme, est la présence de lumière naturelle. Il apparaît une autre caractéristique fondamentale dans le rôle de la lumière, c’est le moment où elle est reçue plus que la durée totale de l’éclairement qui a un sens pour nos rythmes.
La lumière agit sur notre cerveau par des voies particulières. Elle arrive sur la rétine où son intensité est perçue par les cellules ganglionnaires de la rétine. De là les fibres nerveuses se rendent directement vers une toute petite région de l’hypothalamus, le noyau supra-chiasmatique, véritable horloge interne de notre organisme.
Une seconde structure joue un rôle important, l’épiphyse qui secrète la mélatonine. Des voies indirectes partent de noyau supra chiasmatique pour aller à l’épiphyse, via le ganglion cervical supérieur. Ainsi la lumière inhibe la sécrétion de mélatonine.
Lorsque la mélatonine est libérée elle agit en retour sur le NSC, et diffuse à tous l’organisme où elle va agir sur les cellules pour entrainer la synchronisation des rythmes.
Finalement les synchroniseurs, social ou lumineux, agissent sur les horloges hypothalamiques pour remettre les pendules à l’heure;
Pourquoi dort-on la nuit et non pas le jour ? Pourquoi s’endort-on à une certaine heure ? Quels sont les facteurs qui vont orienter et même imposer ce « choix » à l’individu ?
Alternance des jours et des nuits, besoin de dormir pour récupérer, vulnérabilité du dormeur aux agressions, vie sociale, qualité de la vision liée à l’éclairement, horloge biologique, caractère génétiquement déterminé… Les causes en sont multiples…
Pourquoi le jeu de la sélection a-t-il favorisé chez notre ancêtre une activité plus diurne que nocturne ? Sur cette question nous n’avons pas de données scientifiques qui permettent de trancher en faveur d’une hypothèse particulière. Néanmoins le critère fondamental dans cette orientation a sans doute été notre incapacité à voir la nuit. Sans vision nocturne tout déplacement et toute activité deviennent à la fois hasardeux, moins efficaces et dangereux. Il est donc logique que la phase de repos s’installe d’une manière privilégiée à la tombée de la nuit.
Le moment où l’on se couche est ainsi déterminant pour la durée de sommeil. Des expériences de coucher à des horaires variables depuis 19 heures jusqu’au lendemain matin en fin de matinée ont montré que la durée de sommeil ne dépend pas uniquement de la durée de veille préalable. Ainsi les durées de sommeil les plus longues sont obtenues pour un coucher vers 19 heures ou vers 23 heures (soit respectivement environ 12heures ou 16 heures après le réveil matinal), alors que les durées de sommeil les plus courtes s’observent lors du sommeil du matin vers 7 heures ou 11 heures (soit respectivement après 26 heures ou 28 heures d’absence de sommeil).
Les conditions générales de vie vont également interférer. Le professeur Jean Lhermitte rapporte en 1931 dans son petit ouvrage « Le sommeil » une observation faite par un médecin russe le Dr Volkov qui décrit le sommeil hibernal des paysans russes où pendant 4 à 5 mois lors de l’hiver le plus rude, le paysan et sa famille se mettaient « en couchée ». « La maison est plongée dans l’obscurité et le silence… Le sommeil ne s’interrompt que pour des motifs impérieux ; aussitôt que les dormants ont satisfait à leurs besoins les plus immédiats, tout se replonge dans un silence de mort ». Ce comportement a été également rapporté dans des régions polaires, où les habitants n’avaient guère le choix pour survivre d’essayer de tromper leur faim et pour éviter de souffrir du froid. Il est bien évident qu’on s’éloigne du sommeil normal pour se rapprocher du sommeil hibernal de l’ours qui se met en situation d’économie pour survivre au manque de nourriture lié à la saison hivernale. D’où l’adage « qui dort dîne ».
La sensation de sécurité intervient aussi dans la durée du sommeil. Ainsi les mammifères comme les antilopes, les zèbres, les gnous, qui sont des animaux chassés, ont des épisodes de sommeil répétés au cours des vingt-quatre heures mais de courte durée, entre 10 et 20 minutes pour ne pas s’exposer trop longtemps aux prédateurs voisins qui eux dorment tranquillement plusieurs heures de suite. Chez l’homme on voit le même comportement dès lors qu’il y a danger, comme les navigateurs solitaires dont la survie dépend de leur capacité à gérer des périodes courtes de sommeil pour ne pas s’exposer à un événement imprévisible qui demandera toute leur attention. La forme moderne du danger, que l’on nomme le stress, provoque le même effet ; le dormeur reste sur le qui vive avec pour effet une diminution et un morcellement du temps de sommeil.
Le sommeil de l’enfant évolue de la naissance à l’adolescence pour se structurer comme le sommeil de l’adulte. L’alternance des périodes de sommeil et d’éveil évolue à partir du 3ème mois vers un sommeil nocturne et une activité diurne. Les siestes disparaissent progressivement à partir de l’âge de 5 ans pour laisser place à un sommeil uniquement nocturne et de longue durée (de 10 à 11h par nuit).
L’adolescence se caractérise par des besoins de sommeil encore importants mais malheureusement peu respectés. En 30 ans on observe une perte de 2h à 3h de sommeil par nuit chez nos jeunes. Cette privation de sommeil n’est pas neutre en conséquences : adolescents fatigués, peu attentifs en cours, rupture scolaire, modification des processus métaboliques mis en jeu dans l’assimilation des aliments, prise de poids… Cette tendance s’accentue avec l’apparition de couchers de plus en plus en plus tardifs en primaire chez les plus jeunes. Les modifications du rythme des familles avec des parents qui rentrent de plus en plus tard, les nouvelles habitudes qui s’installent avec les nouvelles technologies - et plus particulièrement les écrans de jeux ou d’ordinateurs- ainsi que l’utilisation des téléphones portables, renforcent ce décalage et accentuent la privation de sommeil.
Notre société devrait s’intéresser de plus près au sommeil pour en connaître les règles physiologiques de base afin d’éviter ces erreurs de comportement qui risquent de mettre à mal les individus les plus faibles, en l’occurrence nos enfants.
La Cité des Sciences organise avec le Réseau Morphée un cycle de 4 rencontres-débats
Le sommeil est fondamental pour notre équilibre physique et psychique. Notre rythme de vie, trépidant et stressé, le malmène et peut occasionner son dysfonctionnement. Les ratés du sommeil se traduisent par fatigue, baisse de concentration, troubles de l’humeur et peuvent entraîner une fragilité de notre organisme à des maladies maintenant mieux identifiées.
Comment faire pour ne pas désorganiser notre équilibre veille-sommeil et parvenir à bien dormir pour vivre mieux ?
Un samedi par mois de 15h à 16h30
Cité des Sciences et de l’industrie - Cité de la Santé
30, avenue Corentin Cariou 75019 Paris
Niveau -1, entrée libre dans la limite des places disponibles.
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