D'après un communiqué de l'INSERM, une équipe de chercheurs de l'Inserm dirigée par Joëlle Adrien (Unité Inserm 677 "Neuropsychopharmacologie") a mis en lumière le rôle crucial des premières années de la vie dans la régulation du sommeil. Cette période serait effectivement essentielle au bon fonctionnement d'un système
cérébral mettant en jeu la sérotonine. Ainsi chez la souris, l'administration d'antidépresseurs (connus pour cibler spécifiquement le système
sérotoninergique) pendant la période qui suit la naissance, entraîne des troubles du sommeil et des syndromes dépressifs pendant la vie entière. Ces travaux sont publiés dans l'édition
d'avril du Journal of Neuroscience*.
En clair cela laisse planer un doute sur les effets à long terme des antidépresseurs sérotoninergiques sur le fœtus lorsque ces antidépresseurs sont donnés à une
femme enceinte. Si l'on extrapole les effets trouvés chez la souris il y a en effet une probabilité plus important que les enfants nés de femmes ayant eu ce type
d’antidépresseur développent soit des troubles du sommeil, soit une dépression, soit les deux.
Pourtant certaines femmes enceintes ayant des troubles dépressifs sérieux ou graves sont dans la nécessité de continuer leur
traitement antidépresseur le risque de rechute étant majeur, avec à la clef la réapparition d’idées suicidaires.
Ces recherches sont donc extrêmement dérangeantes pour la clinicienne que je suis. La prescription d’un médicament est souvent accompagnée de la prise d’un risque.
D’un côté les effets positifs attendus, de l’autre les risques connus, et inconnus (surtout quand les produits sont nouveaux). Dans le cas présent, et devant la nécessité de prescrire un
antidépresseur chez une femme enceinte, on préférera (tant que nous n’avons pas d’élément de certitude) les antidépresseurs non sérotoninergiques, et sous réserve de l'appréciation des effets
secondaires de ces autres produits. Dans les cas où c’est possible on préféra bien entendu la suspension du traitement antidépresseur associée à une surveillance psychologique très
rapprochée.
*Lasting syndrome of depression produced by reduction of serotonin uptake during postnatal development: evidence from sleep, stress and behaviour. Popa D, Lena C, Alexandre C, Adrien J- J
Neurosci 2008, DOI 28: 3546-3554.
Publié dans : Actualités
Dimanche 4 mai 2008
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