Conférence dans le cadre des 6ème Journée de Géronto-Psychiatrie d'Angers,
le 5 novembre 2009

 

Pourquoi dort-on la nuit et non pas le jour ? Pourquoi s’endort-on à une certaine heure ? Quels sont les facteurs qui vont orienter et même imposer ce « choix » à l’individu ?

Alternance des jours et des nuits, besoin de dormir pour récupérer, vulnérabilité du dormeur aux agressions, vie sociale, qualité de la vision liée à l’éclairement, horloge biologique, caractère génétiquement déterminé… Les causes en sont multiples…

 




Alors que les dinosaures étaient des animaux diurnes, l’étude des crânes des premiers mammifères apparus sur Terre, il y a un peu plus de 200 millions d’années, est en faveur  du caractère  initialement nocturne de l’ activité des ancêtres des mammifères . La diurnalité  ne serait apparue  que plus tard dans une période située entre 65 et 34 millions d’années.  L’homo habilis, le premier homme identifié en Tanzanie il y a 3 millions d’années,  était un mammifère diurne.

 



Pourquoi le jeu de la sélection a-t-il favorisé chez notre ancêtre une activité plus diurne que nocturne ? Sur cette question nous n’avons pas de données scientifiques qui permettent de trancher en faveur d’une hypothèse particulière. Néanmoins le critère fondamental dans cette orientation a sans doute été notre incapacité à voir la nuit. Sans vision nocturne tout déplacement et toute activité deviennent à la fois hasardeux, moins efficaces et dangereux. Il est donc logique que la phase de repos s’installe d’une manière privilégiée à la tombée de la nuit.

 




Ce facteur d’adaptation est probablement renforcé par le fait que les mammifères prédateurs de l’homme sont moins fréquemment actifs la nuit, donc moins souvent dangereux la  nuit. C’est un effet un autre aspect du sommeil. Pour dormir, il faut se sentir en sécurité. Le lieu pour dormir doit être un endroit protégé comme le  nid des animaux ou s’accompagner d’une stratégie de protection pour l’homme : dormir dans les arbres ou sur un point culminant qui permet à un « guetteur » d’observer si un danger arrive, ou encore se retirer dans un espace fermé comme une grotte qui limite l’accès des prédateurs. La découverte du feu a sans doute été un grand progrès en terme de protection vis à vis des animaux sauvages. Nos appartements, nos maisons sont des espaces clos qui nous protègent des intempéries mais aussi de l’intrusion de quelqu’un de malveillant. En théorie, car le danger existe et les faits divers rapportent régulièrement des agressions de personnes au cours de leur sommeil.

 

 

 

Une des questions qu’on peut se poser est de savoir s’il est possible de s’endormir à tout moment et pour n’importe quelle durée.  Les études sur le sommeil de ces 40 dernières années ont permis de mettre en place une description fine de ce qui se passe au cours du sommeil, selon des mécanismes physiologiques de plus en plus précis,  et de plus en plus complexes

 

 

 

Ainsi on sait que la durée de sommeil est variable, spécifique à l’individu, avec des besoins très différents allant de très peu de sommeil – le record est de 3h30 par nuit-  à beaucoup de sommeil, définissant des  courts dormeurs (moins de 6h) et des long dormeurs (plus de 9h). Ainsi un individu donné est caractérisé par une durée de sommeil optimale au dessous de laquelle il n’est pas bien, mais, ce qui est moins bien connue, au dessus de laquelle il se sent pas bien non plus. Dormir plus que de besoin n’est finalement pas mieux . Ce sommeil trop long se traduit par un réveil le matin de mauvaise qualité avec le sentiment d’être mal réveillé, encore très engourdi. Nous avons tous fait ce genre d’expérience un dimanche matin de grasse matinée où l’on cherche absolument à prolonger son sommeil, sans réaliser qu’on est en fait beaucoup plus mal que lorsqu’on s’était réveillé à l’heure habituelle.

 

 

 

Le moment où l’on se couche est ainsi déterminant pour la durée de sommeil. Des expériences de coucher à des horaires variables depuis 19 heures jusqu’au lendemain matin en fin de matinée ont montré que la durée de sommeil ne dépend pas uniquement de la durée de veille préalable. Ainsi les durées de sommeil les plus longues sont obtenues pour un coucher vers 19 heures ou vers 23 heures (soit respectivement environ 12heures ou 16 heures  après le réveil matinal), alors que les durées de sommeil les plus courtes s’observent lors du sommeil du matin vers 7 heures ou 11 heures (soit respectivement après 26 heures ou 28 heures d’absence de sommeil).

Donc la durée de sommeil n’est pas uniquement liée à la durée d’éveil préalable et à la production des facteurs de sommeil accumulés, mais aussi à un facteur rythmique, chronobiologique.

 



Les conditions générales de vie vont également interférer.  Le professeur Jean Lhermitte rapporte en 1931 dans son petit ouvrage « Le sommeil » une observation faite par un médecin russe le Dr Volkov qui décrit le sommeil hibernal des paysans russes où pendant 4 à 5 mois lors de l’hiver le plus rude,  le paysan et sa famille se mettaient « en couchée ». « La maison est  plongée dans l’obscurité et le silence… Le sommeil ne s’interrompt que pour des motifs impérieux ; aussitôt que les dormants ont satisfait  à leurs besoins les plus immédiats, tout se replonge dans un silence de mort ». Ce comportement a été également rapporté dans des régions polaires, où les habitants n’avaient guère le choix pour survivre d’essayer de tromper leur faim et pour éviter de souffrir du froid.  Il est bien évident qu’on s’éloigne du sommeil normal pour se rapprocher du sommeil hibernal de l’ours qui se met en situation d’économie pour survivre au manque de nourriture lié à la saison hivernale. D’où l’adage « qui dort dîne ».

 


La sensation de sécurité intervient aussi dans la durée du sommeil. Ainsi les mammifères comme les antilopes, les zèbres, les gnous, qui sont des animaux chassés, ont des épisodes de sommeil répétés au cours des vingt-quatre heures mais de courte durée, entre 10 et 20 minutes pour ne pas s’exposer trop longtemps aux prédateurs voisins qui eux dorment tranquillement plusieurs heures de suite. Chez l’homme on voit le même comportement dès lors qu’il y a danger, comme les navigateurs solitaires dont la survie dépend de leur capacité à gérer des périodes courtes de sommeil pour ne pas s’exposer à un événement imprévisible qui demandera toute leur attention.  La forme moderne du danger, que l’on nomme le stress, provoque le même effet ; le dormeur reste sur le qui vive avec pour effet une diminution et un morcellement du temps de sommeil.

 

 

Ecrire un commentaire
Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /Nov /2009 22:12
- Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Rechercher

Trouver un thème

  Capture d’écran 2010-11-07 à 07.42.26

 

Mes podcasts

 
19/07/08 Europe 1- Michel Cymes


3/03/2008- France Inter- Sylvie Larroca

09/05/08 Europe 1- Faustine Bollaert

14/03/2009- France Bleu- Sommeil et rythme de vie

11/04/2009- France Bleu- Le sommeil des adolescents


18/03/09 RFI- Priorité Santé: Claire Hédon

part 1
part 2

02/05/2009- France Bleu- Sommeil des séniors

Actuellement vous êtes 6.à vouloir en savoir plus sur le sommeil et ses troubles...

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés